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Materiaux employés

 

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Les matériaux employés La matière première de base des bijoux ruraux nord-africains est l’argent. Les bijoux kabyles sont toujours en argent, dont le titre est variable, et sont ornés de filigrane encadrant des émaux de couleurs verte, bleue, jaune, au centre desquels sont souvent sertis des cabochons de corail. Ces bijoux sont lourds mais la rudesse de leur archaïsme disparaît quand on constate la maîtrise technique soulignée par la composition géométrique des décors. Contrairement aux autres régions du Maghreb, les parures kabyles ne comportent qu’un nombre limité de matières. L’argent en est la base essentielle ; les bijoux ne sont que très rarement en maillechort, le corail vient rehausser la couleur de l’argent et n’est qu’exceptionnellement remplacé par du celluloïd, mais jamais par des verroteries qui, en revanche, sont très fréquentes dans les bijoux marocains et systématiquement employées dans les bijoux de l’Aurès. Parmi les autres matières, les clous de girofle n’apparaissent que dans un seul collier de Grande Kabylie. C’est d’ailleurs exclusivement dans les colliers que peut intervenir une certaine fantaisie : perles soudanaises, coquillages… encore que ces derniers sont très rares. Dans l’Aurès, le corail était aussi utilisé, mais moins systématiquement qu’en Grande Kabylie.

 

 

 

L’argent

L’argent est le seul métal précieux utilisé par les orfèvres kabyles ; il semble d’ailleurs que l’or n’ait jamais été travaillé en Kabylie (Hanoteau et Letourneux, 1893, 9. 549). P. Eudel (1902, p. 391) rapporte toutefois qu’un voyageur du siècle dernier prétend avoir vu dans les montagnes des bijoux en simili-or. La préférence pour l’argent répond à la fois au goût et aux coutumes rurales reconnues dans toute l’Algérie et même au Maroc. Les femmes ne voudraient pas de bijoux en or, sous prétexte que cette matière présente un aspect qui rappelle trop celui du cuivre. Néanmoins, je ne pense pas qu’il faille attribuer le discrédit de l’or en milieu rural à la nature impure de ce métal dénoncée par les commentateurs du Coran, puisque les citadines, elles, préfèrent l’or à l’argent. En réalité la raison de la grande généralisation de l’argent en milieu rural est plutôt imputable à son prix moins élevé que celui de l’or. L’argent, le plus blanc des métaux, possède quand il est poli un grand pouvoir réfléchissant. Sa densité est de 10,5 et sont point de fusion de 962°. Il est, après l’or, le plus malléable et le plus ductile des métaux. Aussi peut-on le réduire en feuilles très minces (moins de 3 microns) ou l’étirer en un fi l très tenu (1 gramme d’argent peut fournir un fi l de 26 mètres de longueur). Mais la ténacité de l’argent est relativement faible, aussi n’est il jamais employé seul ; il est allié au cuivre qui altère légèrement sa couleur mais accroît sa résistance. L’argent a d’autre part des propriétés chimiques appréciées en bijouterie : il n’est attaqué ni par l’eau ni par l’air, à aucune température. L’acide azotique le dissout aisément même à froid, tandis que l’acide sulfurique ne l’attaque que concentré et bouillant. L’acide chlorhydrique même à chaud est presque sans action sur lui.

Les pièces de monnaie

Dans tout le Maghreb rural, les bijouteries ont largement utilisé les pièces de monnaie en argent dans la fabrication de certains bijoux, plus particulièrement les colliers et les petites fibules (idwiren). Les pièces en argent peuvent connaître trois sorts différents entre les mains du bijoutier. Considérées comme masse de métal précieux ayant un titre assuré, elles peuvent être simplement fondues : c’était l’origine normale du métal avant que les bijoutiers n’aient pris l’habitude de s’approvisionner en plané et fi l d’argent au Comptoir des métaux précieux. Ce mode d’approvisionnement explique la rareté des pièces anciennes. Ainsi, Hanoteau et Letourneux (1893, p. 549) affirment qu’à leur époque les bijoutiers kabyles fondaient de préférence les anciens « douros » d’Espagne : or, aucune pièce de ce type n’a été retrouvée parmi celles qui sont conservées dans les colliers. Il est remarquable également que le monnayage de la Régence d’Alger ne soit représenté que par huit piécettes de la valeur du Rebyàh Boudjou. La pièce peut servir de support et constituer même, dans le cas des idwiren, le corps du bijou. C’est sur l’une des faces que le décor est construit à l’aide de l’émail et de la soudure. L’autre face (c’est généralement l’avers) est laissée le plus souvent intacte ; il arrive toutefois que cette face soit limée, le type monétaire n’est donc plus reconnaissable à moins que la tranche de la pièce ne porte une légende (pièces françaises de Louis-Philippe et de la IIe République par exemple). La pièce peut enfin, et c’est le cas le plus fréquent, être transformée en pendeloque ou élément de collier. Plusieurs cas sont à considérer. La pièce de monnaie garde sont intégrité en subissant une simple perforation ou l’adjonction d’une bélière. Elle peut être perforée en deux séries opposées de trois trous et être cousue ou fixée sur la chaîne qui sert d’armature au collier. Il arrive enfin que la pièce transformée en pendeloque ait reçu un décor émaillé ou soudé. Nous avons remarqué que, dans ce cas, l’avers était le plus souvent respecté et que le côté pile recevait donc plus fréquemment le décor. L es pièces de monnaie

 

Le corail

Le corail est très commun sur les bijoux de Grande Kabylie qu’il rehausse de sa chaude couleur. Quoique d’origine animale, le corail est cependant traité comme une pierre dure (Tardy, 1965, p. 220). Le corail ne supporte ni la chaleur, ni le contact d’acides et fait effervescence à l’acide chlorhydrique. Il ne faut pas non plus le polir avec de l’huile, car il est poreux et l’huile pénétrant pourrait altérer sa couleur. C’est pourquoi, après l’avoir découpé à l’aide d’une lime, les bijoutiers kabyles polissaient le corail à l’aide d’une pierre dure et fi ne, généralement un fragment de ponce dont l’action était facilitée par adjonction d’eau. Ainsi obtenait-on des éléments de corail d’une forme déterminée. Les petites branches, après avoir été percées longitudinalement, étaient laissées à l’état brut pour servir d’éléments de colliers. L’origine de la pêche du corail remonte à l’Antiquité. Au Moyen Age, Ibn Hawqal atteste qu’au Xe siècle la pêche se pratiquait sur la côte nord du Maghreb à Marsa al-Haraz (Bresc-Bautier, 1985). Elle favorisa l’établissement d’un comptoir français dès le XIe siècle, comptoir qui connut les vicissitudes des relations entre la France et les États barbaresques. Au milieu du XIXe siècle, Kala (la Calle) restait encore le grand centre de pêche du corail, mais son déclin allait s’accentuer tandis qu’étaient déjà pratiquement épuisés les bancs corallifères d’Oran, Ténès, Cherchell, Azeffoun, Takouch, Caps Rosa, de Fer et de la Garde. Enfi n, la concurrence du corail italien allait porter un coup définitif à la pêche du corail algérien.
Le corail « Le corail est le squelette sur lequel vivent dans les mers chaudes et en colonies des petits polypes. Le support est composé principalement de carbonate de calcium, sous forme de calcite, de carbonate de magnésie, de traces d’oxyde de fer et de matières organiques. Cette calcite est arrangée autour de l’axe central, en fibres radiantes. Servant de support et d’abri aux polypes qui le sécrètent, le corail est percé d’un très grand nombre de canaux qui se ramifient. Le corail rouge utilisé en bijouterie n’est pas un corail véritable, mais il provient d’un coelentéré du groupe des Alcyonides ».

Sur les lieux de pêche, les différentes qualités de corail donnent lieu à un tri. Le corail mort ou pourri provient des parties détachées du rocher où il était fixé ; la terraille est un corail perforé par les vers, le corail noir est recherché dans la vase. On sépare ensuite le corail en débris, du beau corail d’une pâte dure et fi ne et enfin, le corail rose « peau d’ange » qui est le plus apprécié en Europe (Eudel, 1902, p. 164). C’est le corail rouge qui, en revanche, est le plus recherché en Kabylie, sur les Hauts Plateaux ou au Mzab (Goichon, 1927, p. 128) où le corail se porte en breloques et jamais en sertissures. L’emploi du corail n’est pas aussi répandu en Syrie, en Égypte, en Tunisie, ce qui semblerait indiquer une préférence des Berbères pour cette matière, car, même en Algérie, ce sont surtout les Berbères qui l’utilisèrent. C’est peut-être par l’intermédiaire de la Petite Kabylie qu’a été introduite la coutume de l’utilisation du corail dans le reste de l’Algérie. Mais son usage remonte à une très haute époque en Europe où il était utilisé dès le Néolithique ; son emploi est cependant plus fréquemment attesté durant les périodes du Bronze et de Halstatt (Déchelette, 1927, III et IV). L’extension et la précocité de cet usage s’expliquent par les vertus phylactériques attribuées à cette matière, vertus déjà reconnues durant l’Antiquité et attestées par les auteurs anciens (Solin, II, 26). Une branche de corail suspendue au cou d’un enfant est pour lui une protection sûre. De forme plus ou moins régulière, elle est interprétée comme une corne ; au Maghreb, c’est sous ce nom autant qu’elle est désignée. Or, on y reconnaît généralement un symbole phallique ; elle écarte d’une maison toute influence néfaste (Géropon, XV, 1). La ressemblance de la Gorgonie (genre de scyphozoaire octocorallière) avec le corail est à l’origine de la croyance en son pouvoir de calmer les vagues de la mer et de détourner la foudre (Pline l’Ancien, XXXVII, 10) et du rôle qu’elle a joué dans le mythe de Méduse (Ovide, Métamorphoses, IV, 750). Plus généralement, en Algérie, le corail est considéré comme un sûr préservatif contre toute influence mauvaise.

 

Le clou de girofle

Le clou de girofle L’emploi des clous de girofle est très répandu dans toute l’Afrique du Nord : Petite Kabylie, Aurès, Maroc et même en Ahaggar (Gast, 1968, p. 156) et au Mzab (Goichon, 1927, p.79). Ils peuvent être utilisés soit à l’état brut, soit entrer dans la composition de la pâte parfumée qui, pétrie du bout des   doigts, prend la forme de petits dièdres enfilés côté à côté, en y intercalant d’autres éléments en argent, boîtes ou tubes, on obtient un collier désigné sous le nom de ssxab. Le clous de girofle apparaissent dans certains* colliers de Grande Kabylie et le sxab kabyle était analogue à celui de l’Aurès. La composition de la pâte parfumée qui devait à l’origine, comme le pense le docteur E.-G. Gobert (1961, p. 89-90), être à base d’ambre gris, ne doit plus guère en contenir aujourd’hui, vu le prix élevé de cette matière, et le clou de girofle y tient une place importante. Les populations nord-africaines attribuent au clou de girofle des vertus prophylactiques et, au Maroc, il est réputé pour être aphrodisiaque – ce qui explique la grande extension  de son emploi (Jacques- Meunié, 1960- 1961).

L’émail

L’émail L’originalité des bijoux de Grande Kabylie vient de la généralisation de l’emploi d’émaux colorés. Le mot nnil, qui signifie bleu, suffi t à désigner les émaux de cette couleur et on y ajoute un qualificatif pour désigner les autres couleurs : azegzaw pour les émaux jaunes, awraγ pour les émaux verts. L’émail est une substance pulvérulente, généralement composée de sable, minium, potasse et soude. Finement broyée, elle est vitrifiable au feu sous une température élevée et les oxydes métalliques destinés à la colorer sont l’oxyde de cobalt pour le bleu translucide, l’oxyde de chrome pour le vert foncé translucide, le bioxyde de cuivre pour le vert clair opaque et le chromate de plomb pour le jaune opaque. En s’incorporant au métal qu’il recouvre, l’émail le décore tout en le protégeant de couleurs brillantes, inattaquables à l’air et à l’humidité. L’émail ne doit pas être confondu avec les incrustations de verres de couleur si communes dans les bijoux égyptiens et barbares (Lucas, 1962, p. 213). Cependant les Égyptiens ont émaillé des perles de céramique et de pierre en préparant une solution dans laquelle étaient trempés les objets avant d’être mis au four ; la cuisson exigeait une température relativement peu élevée. En Gaule et au Nord des Alpes à l’époque de la Tène, l’émail remplace le corail dans la décoration des torques et des fibules – l’émail rouge fut d’abord seul utilisé. Cette technique est bien connue grâce aux découvertes faites, au mont Beuvray (Bibracte), d’ateliers d’émailleurs. Les têtes de clous décoratifs étaient finement gravées de hachures parallèles afin d’augmenter l’adhérence de la matière vitreuse. Au Ier siècle ap. J.-C., certaines officines de l’Allier produisirent des poteries émaillées. Mais c’est à partir du Ve siècle ap. J.-C. que l’émail fut employé par le procédé dit « champlevé » : la surface de l’objet à décorer est travaillée en creux remplis de poudres et celles- ci, par cuisson, donnent l’émail. Quelques vases de bronze décorés d’émaux sont datés des IIIe et IVe siècles de notre ère, mais ce sont des pièces exceptionnelles. Pendant longtemps, selon P. Eudel, l’émail bleu venait, en tablettes rondes, directement de Tunis, alors que les émaux verts et jaunes étaient obtenus par pulvérisation de petites perles pleines dites « fourmis » et qui venaient de Murano et de Bohême. Bientôt les bijouteries kabyles firent venir les poudres d’émaux directement de Paris où ils ont continué longtemps à s’approvisionner.